27/12/2012

Rétrospective 2012. Se souvenir des belles choses…

Tomber sur toi, album culte de La Bestiole

À l'intention de celles et ceux qui auraient manqué certains de mes articles  - personne n’est parfait ! -, voici une sélection de 12 best of  2012. Des bons plans toujours d’actualité.

Pour réchauffer l’hiver. Sortez couverts avec les bonnets Goldenhook, tricotés par des grands-mères à la retraite. L’idée est sympa et les modèles ultra tendances sont vendus sur le net. Ainsi équipés, allez déguster un thé vert dans le Marais au Salon by Thé des écrivains, un lieu magique où se ressourcer le corps et l’esprit. Car c’est aussi une librairie. Plus tard, dansez jusqu’au bout de la nuit sur Chaleur humaine, un des titres de Tomber sur toi, le dernier album de La Bestiole : un groupe de rock français, et du bon ! Le lendemain, récupérez en offrant à votre peau un soin  régénérant chez Les Anges ont la peau douce, mon lounge beauté préféré (Paris 17e).



Boucles d'oreilles Esther
Cadeaux, dernière chance. Certes, Noël est passé. Mais si, comme moi, vous jouez les prolongations dans la belle-famille ou chez Papa divorcé, voici quelques suggestions bien ciblées. Pour votre petite nièce : une tête de lit inspirée des contes des mille et une nuits, dessinée par Cécile Landowski. Pour un (e) esthète ou passionné(e) de théâtre : les merveilleux Cahiers secrets d’une costumière de théâtre de Pascale Bordet. Pour tous : la trilogie de DVD Welcome in Vienna qui retrace la vie des Autrichiens juifs, durant la seconde guerre mondiale. Et pour l’élue de votre cœur : un des très précieux bijoux Esther.



Pour sortir à Paris. Profitez des vacances pour aller voir Bêtes de sexe au Palais de la Découverte. Si vous en avez encore le courage, vous pouvez ensuite faire un saut au Grand Palais afin d'admirer les toiles d’Hopper. A partir de 20h, les files d’attente sont moins démentes. Offrez-vous aussi une toile en famille au cinéma Le Champo (Paris, 5e), pour voir ou revoir Tess en version restaurée, également disponible en DVD. Un chef d'oeuvre.
Et pour finir en beauté, je suis une fan de théâtre, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, rendez-vous donc au Lucernaire avec les enfants pour rire aux facéties des Contes du chat perché, d’après Marcel Aymé. Et prenez dès maintenant des places pour Le Porteur d’histoire d’Alexis Michalik. Une pièce jubilatoire programmée au Studio des Champs-Elysées (Paris, 8e), à partir du 6 février prochain. Belle fin d’année !

20/12/2012

Enfants. Râma et Sîtâ, de Bollywood à Paname

Les deux danseurs de Râma et Sîtâ. Valérie Fernandez est aussi la créatrice du spectacle. Photo : Cédric Boichu
La magie du théâtre est telle qu’il suffit de deux acteurs investis et d’artifices bien ficelés pour que nous en acceptions les conventions et croyons, ou presque, en la super production. C’est le cas du spectacle pour enfants Râma et Sîtâ, monté au théâtre de Ménilmontant par la sympathique compagnie de la Cruche.

Un conte dansé. Inspiré de l’épopée mythologique Râmâyana, pour l’occasion grandement simplifiée, ce film vivant mêle animations, danses indiennes, théâtre d’ombres, marionnettes et trucages, dont la candeur pourrait prêter à sourire si elle ne participait à l’authenticité bollywoodienne du divertissement. Ma (petite) camarade de sortie Marguerite, dix ans, et moi n'avons pas boudé notre plaisir devant les chorégraphies kitsch à souhait, interprétées par la très gracieuse Valérie Fernandez et son prince, PremGopal Santhanagopal, danseur et chorégraphe indien. Mention spéciale aussi pour les costumes et les décors – notamment le palais du vil Ravana, ravisseur de la princesse Sîtâ, qui jaillit sur scène comme un spectaculaire pop-up d’un album pour enfants  - ainsi que pour l’humour du film projeté sur écran géant, en arrière-scène. Le décalage des acteurs et leurs mimiques y font mouche et participent au charme de Râma et Sîtâ. Alors un conseil, commencez bien l’année en offrant à vos affreux, pardon je voulais écrire à vos adorables bambins (dès 6 ans), 55 minutes de bonne humeur et de dépaysement, quelque part entre Bombay et le vingtième arrondissement !

- Râma et Sîtâ, théâtre de Ménilmontant. 15 rue du retrait, Paris, 20e. Mercredi 2 janvier à 19h. Au festival d’Avignon en juillet 2013. 

13/12/2012

Esther Assouline, portrait d'une artiste instinctive

Bijoux Esther (de gauche à droite). Bagues et alliances, pendentif Coeur antique, bague Neguev. Photos :  Alleaume Adrien.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » s’interrogeait Lamartine. Cher Alphonse, je suis tentée de vous répondre que les bijoux d’Esther Assouline en ont une, tant ils s’attachent à la mienne.

Esther Assouline par C. de Brosses
Il était une fois une esthète, Esther Assouline, qui peignait aux pastels et fabriquait des bijoux mêlant les fils d’or et d’argent.
Un beau jour, le hasard d’une rencontre avec Wiga Mikulski, ciseleuse de talent dont elle fréquente depuis lors l’atelier, la révéla à son art.
A quarante ans, Esther se consacra à la joaillerie. Son style jaillit de sa mémoire, de son histoire, spontanément, sans qu’elle ait besoin de le chercher. Esther, sa marque éponyme lancée en 2007, est infiniment singulière. Confidentielle encore, elle est distribuée à la galerie Elsa Vanier (7, rue du Pré aux Clercs Paris 7e), sur le site l’Atelier des Bijoux Créateurs et enchante les clientes du très select abc carpet&home de New York.


Des bijoux chargés de sens. Esther crée des bijoux en or ou platine, sertis (ou pas) de pierres précieuses, des diamants de couleur le plus souvent. Des pièces uniques ou des séries limitées, exclusivement. Femme sensible, elle laisse s’exprimer son instinct lorsqu’elle imagine ces petites merveilles d’une finesse extrême, dont elle cisèle jusqu’aux finitions dans son atelier parisien. Ses bagues, colliers, bracelets et boucles qu’on dirait antiques -  « comme sortis des fouilles » dit-elle joliment -, sont en réalité très actuels : Deborah, sa fille de vingt-deux ans, est aussi sa muse. On les dirait ethniques, ils ne le sont pas. Mais Esther s’inspire parfois de l’Inde qu’elle adore : « La plupart de mes créations sont réversibles. J’aime que la face cachée des choses soit aussi belle que ce que l’on en voit. Une philosophie typiquement indienne » souligne t-elle.  Ses objets, aussi inanimés soient-ils, ont décidément de l’esprit !
- En savoir plus : www.esther-fr



06/12/2012

Cinéma. Tess ou le destin d’une femme sacrifiée

Natassja Kinski. Photo Bernard Prim, collection fondation Jérôme Seydoux Pathé. 
Ce chef d’œuvre inspiré de Roman Polanski qui porta à l’écran en 1979 Tess d’Uberville, roman de Thomas Hardy, ressort en version restaurée dans les salles obscures et en DVD. Un magnifique cadeau de fin d’année ! Me replonger dans ce qui fut une des expériences cinématographiques les plus mémorables de mon adolescence – avec le Molière de Mnouchkine  -, c’est comme ouvrir une boîte de Pandore dont s’échappent les émotions : émerveillement devant les paysages impressionnistes du Dorset anglais au 19ème siècle, recréés avec un souci du détail étonnant en Bretagne et Normandie pour les besoins du tournage, trouble des premières passions amoureuses, prémonition de la noirceur des hommes… Trente ans plus tard, le charme continue d’opérer.

Fatalité. Tess, c’est l’histoire d’une fleur née sur le purin d’une famille déchue. Une fleur condamnée à souffrir, que sa beauté radieuse désigne comme une victime expiatoire, à immoler sur l’autel du désir des hommes. A peine sortie de l’enfance, la jeune fille pressent sa malédiction et se tient à l’écart des jeux et des danses insouciantes des paysannes de son âge. Magnifié par le jeu de la lumineuse Natassja Kinski (18 ans à l’époque), dont le visage frémissant reflète la révolte intérieure, la pugnacité, la fierté et le désespoir, le film révèle l’essence du style polanskien et les obsessions du réalisateur. Un mélange de fascination pour les « natures » féminines, ces Eve dont la pureté pourrait sauver le monde, et d’attraction pour le côté sombre des êtres et des choses qui finit inéluctablement par l’emporter. Une fresque romanesque et désespérée, à voir ou revoir sans hésiter.

La version restaurée en 2012 de Tess est disponible en VOD, DVD et Blu-Ray (édition limitée). Infos : www.allocine.fr

29/11/2012

A la rencontre de Cécile Landowski, « Mademoiselle rêve » 

Le rossignol de l'empereur, conte d'Andersen, illustration de Cécile Landowski.
Cécile Landowski vue par Elodie Ravaux
Mademoiselle rêve de dessiner en apesanteur des histoires d’ici et d’ailleurs… Illustratrice free lance, Cécile Landowski assume sa personnalité de rêveuse « Je n’ai pas les pieds sur terre » constate t-elle. Elle puise ses idées dans les histoires qu’elle s’invente, celles qu’on lui raconte, et dans ses voyages en Asie dont les paysages stimulent son imaginaire. A 32 ans, cette ancienne élève de Penninghen a aussi suivi des études d’architecture intérieure et déjà bien roulé la bosse qu’elle n’a pas dans l’illustration d'albums pour enfants, surtout. Les contes de Grimm et d’Andersen lui ont notamment inspiré des dessins foisonnant de détails picturaux parfois surréalistes. Ils sont présentés à la galerie parisienne Jeanne Robillard. En plus de l’édition jeunesse où elle a aussi illustré des livres de cuisine  – la pâtisserie est une des passions de cette jolie gourmande - Cécile participe à des campagnes de pub et prête son talent décalé à Elle, Enfants Magazine ou Mon jardin ma maison.


Monotype à l'encre bleue, collection "Les Perfides"
Poétique et ludique.  Fan de son style qui laisse respirer l’imagination et traite à merveille l’espace comme le volume - formation d’archi oblige -, j’en ai fait la complice de Chapeau ! dont elle a créé l’image du bandeau. Eclectique, cette touche-à-tout a également dessiné les motifs de certaines soieries (foulards et cravates) de la Maison Hermès et des têtes de lit pour enfants chez Mademoiselle Tiss. Aujourd’hui, la jeune femme est attirée par  la scénographie « J’aime l’opéra et le théâtre, dans lesquels je rentre beaucoup par l’esthétique » et  la décoration de vitrines de cosmétique ou joaillerie.
Je vous invite à découvrir les  facettes de sa créativité sur son blog.






22/11/2012

Gastronomie. La deuxième vie de La Bigarrade

Nichée dans le saint des saints des Batignolles, La Bigarrade est une adresse confidentielle qu’on se chuchote, tant le lieu est petit (20 couverts) et la cuisine exceptionnelle. Créée voici quatre ans par Christophe Pelé, jeune chef basque de génie depuis doublement étoilé, elle a été reprise en mars  par Yasuhiro Kanayama. Un tokyoïte qui, en France, s’est illustré au Bristol, à l’Astrance puis au Bistral.

Saint-Jacques poêlée et choux fleur cru, jus de pomme verte.

L’eau à la bouche. Sachant que c’était ma table parisienne préférée du temps de Pelé, j’y suis retournée dîner vendredi avec une pointe d’inquiétude. Très vite, la magie a opéré. Car l’esprit de La Bigarrade demeure. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, ce restau au design épuré offre toujours un menu unique – et oui, on ne peut choisir  -   à 85 €  les dix sept petites assiettes, amuse-bouche compris (hors boissons). Si comme moi, vous détestez ces dégustations pensums qui vous écoeurent au bout de deux entrées, n’ayez nulle crainte. Ici, chaque portion offre en cinq bouchées maximum l’âme d’un mets. Et quel mets ! Croustillant de polenta avocat et menthe divin de légèreté, accompagné de chips et consommé de topinambours relevé de crème de café, Saint-Jacques juste poêlée tendrissime sur choux fleur cru et jus de pomme verte, magret de canette rôti et son jus lié au sang... Ces recettes inspirées sont à la cuisine ce que la poésie est à la littérature.

Truite confite et tapioca,  huile truffée et coulis de chrysanthème.

Verdict.  La cuisine de Christophe Pelé était du vif argent dont les fulgurances électrisaient mes papilles. Plus calme, celle de Yasuhiro Kanayama m’a conquise par son inventivité et la douceur de ses enchaînements. Tel un haïku, poème japonais dont l’apparente simplicité délivre un message des plus subtils, elle laisse la priorité au produit et charme le palais par sa finesse. Merci Chef !

Canette rôtie accompagnée de choux pointu rouge.
- Restaurant La Bigarrade - Ouvert du mardi au vendredi midis et soirs et le samedi soir  – 106 rue Nollet 75017 Paris. tél. 01 42 26 01 02

15/11/2012

Bêtes de sexe. Prenons-en de la graine !

© Sexual nature / London's Natural History Museum
Je vous rassure tout de suite, loin de moi l’idée de comparer ici les atouts de Rocco Siffredi et consorts. Même pour vous dérider, certaines perches ne sont pas bonnes à saisir... Bêtes de sexe est une expo tout ce qu’il y a de plus scientifique, programmée au Palais de la découverte et produite par le National History Museum de Londres. Avec une décontraction très british, elle traite du sexe chez nos cousins à poils et plumes. Et nous apprend une foule de choses indispensables pour briller dans les dîners mondains. Rien de tel ainsi que de lancer, entre la poire et le fromage : « A propos, savez-vous pourquoi la nature a inventé la sexualité ? », ou bien : «  Pourquoi les femelles sont-elles exigeantes lorsqu’elles choisissent leurs partenaires ? », ou encore : « Comment les phasmes (ces insectes qui ressemblent à des brindilles) s’assurent-ils de leur paternité ? ». Petit effet assuré.

Du coq à l’âne. De l’histoire de la sexualité, à la reproduction avec ou sans sexe – à titre d’exemple, les lézards à queue de fouet, espèce exclusivement constituée de femelles, se reproduisent par clonage -,  en passant par leurs mœurs et modes de séduction, les us et coutumes des bêtes « au lit » sont passés au crible tout au long d’un parcours agrémenté de nombreuses photos et documentaires. Quant aux courts-métrages écrits par Isabella Rossellini qui se déguise en gros vers fluo pour asséner avec un second degré louable : « Si j’étais une luciole, j’allumerais mon cul le soir… », ce sont des  bijoux d’humour à visée pédagogique ! Seul bémol de la visite, sa dernière partie consacrée à la sexualité des humains est, comment dirais-je…, vraiment cucul.
- Bêtes de sexe, la séduction dans le monde animal. Jusqu’au 25 août 2013 au Palais de la découverte (Paris, 8e). Infos : www.palais-decouverte.fr/betes-de-sexe


Quelques perles 
© EPPCSI / Werner Drewblow / age Fotostock
- Mickael Memory. Les manakins, petits oiseaux colorés, séduisent leurs femelles par un étourdissant numéro de Moonwalk.

- A table ! Le règne animal est plein de filles intéressées à qui leurs soupirants apportent des cadeaux avant l’accouplement, de la nourriture généralement. Les araignées mâles n'ont pas intérêt à oublier leur panier gourmand : elles se font croquer si Madame n’a rien à manger.

- Raffinés. Les pingouins offrent des galets à leurs amoureuses. L’histoire ne dit pas si celles-ci les font monter en bague…

- Piece and love. Les bonobos, champions du sexe qu’ils pratiquent à outrance, s’en servent pour apaiser les tensions et renforcer les liens sociaux de leur communauté.


08/11/2012

Bijoux. Marine de Diesbach, le style et la couleur.

Depuis plus de dix ans, Marine de Diesbach imagine de délicats accessoires en laiton vieilli émaillé dont les perles de verre adoucissent le métal. Des bijoux fantaisie-chic (ça change du morbide-choc) qui donnent du peps à nos tenues les plus casual. Je craque pour ces charmantes babioles qui ne tombent jamais dans le toc et illuminent ce triste mois de novembre de leurs couleurs vives et féminines.

Question inspiration. Eprise du style art déco, cette ancienne attachée de presse spécialiste de mode s’inspire aussi des petits riens du quotidien qui " rebondissent dans ma tête " dit-elle et nourrissent son imagination. En ce moment, elle éprouve des envies de design des années cinquante et pique ses couleurs aux palettes de Miro, Pollock ou Kandinsky. Eclectique. Ses collections rétro et fashion à la fois portent de jolis noms : Céleste, Léa, Luce, Allegra, Mia, Mexico, Rio etc. Elles nous offrent des voyages imaginaires dans des pays qui évoquent l’Amérique du sud. Le tout à des prix fort raisonnables, puisque la plupart de ses modèles de colliers, barrettes, bagues et petits bracelets sont vendus autour de 55 € dans sa boutique.



Où les trouver ? A la boutique-atelier du 11, rue du Pont aux choux (Paris, 3e) - où vous verrez avec un peu de chance la jeune femme travailler à ses créations -,  chez Franck&Fils (Paris 16e), prochainement à la boutique du Musée d’Orsay ainsi que sur de très nombreux e-shop.

- Plus d'infos : www.marinedediesbach.com
e- shop : http://marine-de-diesbach.lexception.com/fr


01/11/2012

DVD. Et que vogue la Pirogue !

Soulemane Saye Ndiaye interprète Baye Laye, le capitaine de la pirogue. Photo Eric Névé.

Le propos. L’Afrique se meurt. Dans son petit village du Sénégal, Baye Laye, pêcheur de son état, n'a plus aucune ressource car le poisson s’est tari. Mais il aime sa femme qui le supplie de rester au pays. Elle sait ce qui trotte dans la tête des hommes. Partir. Prendre la pirogue, braver la mer et ses dangers pour rejoindre l’Europe, au risque de périr : un bateau sur dix disparaît à jamais. Cependant, le meilleur ami de Baye Laye et son frère révolté par sa vie de misère décident de tenter l’aventure. Seul navigateur expérimenté du village, Baye Laye se résout alors à les accompagner, à contrecoeur. Il est nommé capitaine de la pirogue et incarne l'unique espoir de parvenir à bon port pour ses passagers. Des hommes et une femme d’ethnies différentes qui cohabitent difficilement dans le bateau. Très vite, pourtant, la colère des éléments rend leurs humeurs bien dérisoires.

Coup de poing. La traversée est un calvaire filmé au plus près de la peur, puis la résignation de ces hommes qui ont tant l’habitude de souffrir. Le destin de l'Afrique se lit au fond de leurs yeux. Moussa Touré, réalisateur inspiré d’origine sénégalaise voit en effet dans son récit "une métaphore du pays qui part à la dérive, quand il n’y a plus d’horizon". Il filme les visages en gros plans qui osent durer. Chacune de ses images crève le cœur de sa beauté glaçante. Dépourvu de tout pathos, digne et brutal, La Pirogue est un chef d’œuvre grâce auquel le mot fraternité prend son sens. J’en ai (encore) le souffle coupé.

- La Pirogue est un film de Moussa Touré. Sortie en DVD Studio 37 le 19 février 2013.

25/10/2012

Grégory Gadebois. Acteur, tout simplement.

Grégory Gadebois sur scène. cr. ARTCOMAR
Charlie est simple. Entendez simplet. Personnage principal du texte de Daniel Keyes Des fleurs pour Algernon - Algernon est une souris de laboratoire -, il prend chair sur scène par le truchement de Grégory Gadebois, César du meilleur espoir masculin 2012. Une heure et demie durant, le comédien prête sa corpulence terrienne et son humanité à ce pauvre gars, victime d’une expérience supposée booster son Qi.

Transformiste. Si le texte est efficace, l’adaptation du roman par Gérald Sibleyras est une mécanique dont on voit néanmoins un peu trop les rouages, c’est à l’interprétation sans complaisance de l’acteur que tient  le sel de la pièce. D’un effleurement du nez, une raideur des poignets, un regard glissé sous la paupière, Grégory pose le personnage de Charlie. Lorsque l’opération semble réussir, c’est imperceptiblement que le timbre de sa voix se transforme, son corps se redresse, son regard s’allume d’intelligence. Mais ne cherchez pas l’effet. Il semble lui-même surpris par ce réveil de la conscience. Puis, inexorablement, poursuit sa courbe de Gauss. Les ficelles, les trucs d’acteurs, la facilité, ce comédien exigeant ne doit pas connaître. Certes le décor et la mise en scène cliniques lui sont des supports. Mais je gage qu’assis sur le lit d’une chambre d’ado décorée de posters pourris, il serait tout aussi étonnant. Alors la souris, on s’en f…  Les fleurs c’est pour Grégory.

- Des fleurs pour Algernon d’après l’œuvre de Daniel Keyes est à l’affiche du Théâtre Hébertot, 78, boulevard des Batignolles, Paris 17e. 

18/10/2012

Le Canton. Les baguettes sans les paillettes !


A Saint-Germain-des-Prés, entre les attrape-touristes et les usines à gogos « so hype » dont la cuisine n’a de remarquable que le prix, il devient de plus en plus difficile de trouver un petit restau digne de ce nom. Créé en 1958 par la famille Lai, dont le père et fondateur était un Chinois du Vietnam,  Le Canton fait de la résistance.
Juste équilibre. Cette table asiatique dont la cuisine s’est aujourd’hui métissée régale les éditeurs, artistes et autres habitués du quartier de ses spécialités vietnamiennes ou chinoises : savoureux raviolis vietnamiens (mon plat préféré), Pho parfumé, Bo bun généreux, salade de bœuf toute en légèreté, crevettes au sel et poivre… Simple et d’une fraîcheur indéniable, la cuisine sans chichi y est plus qu’honnête, l’ambiance animée à toute heure, le service bon enfant - les Lai mère, fils, belle-fille et neveu y officient toujours – et le cadre sympathique. Aux beaux jours, le patron sort quelques tables sur le trottoir de la minuscule et calme rue Gozlin. Agréable.

Restaurant Le Canton – 5, rue Gozlin, Paris 6 – Tél. 01 43 26 51 86. Ouvert tous les jours excepté le dimanche.

11/10/2012

Au théâtre, ça ne tourne pas toujours rond


Fellag sur scène et aux fourneaux du Rond-Point

Passez-moi le jeu de mots facile,  je n’ai pu y résister. Mais le théâtre du Rond-Point se permet vraiment tout depuis que Jean-Michel Ribes en a pris la direction voici dix ans. Et c’est un plaisir de voir cette machine à culture casser le train-train intello-bobo et l’esprit de sérieux de certaines grandes scènes subventionnées.
Grands écarts. Tenu par un seul principe, celui de jouer les auteurs vivants, la programmation mélange allègrement les « chapelles ». Au début de l’année, Jean-Claude Grumberg, un habitué du lieu, vint ainsi notamment présenter la captation de sa création de l’Atelier au théâtre de l’Odéon (1979). Emouvant. Actuellement, c’est au réjouissant Fellag de mettre en perspective nos faits de racisme ordinaire à sa manière : il cuisine sur scène un couscous géant autour duquel Français et Algériens se réconcilient en rigolant. L’ambiance est (aussi) dans la salle. Dans un autre genre, il y a un gouffre entre l’humour trash de Gaspard Proust (en décembre) et la fantaisie toute en poésie de Jacques Gamblin et son Tout est normal, mon coeur scintille, à l’affiche en février 2013. Un spectacle à ne pas rater.

Ça ne se fait pas ? Tant mieux. Le Rond-Point ose aussi explorer de nouveaux univers. Après avoir lancé des ponts entre les théâtres publics et privés en coproduisant certaines pièces avec Le Marigny, Jean-Michel Ribes et Pierre Notte, conseiller littéraire et auteur associé du Rond-Point ont invité cet automne des compagnies amateurs. Gonflé. D’autant qu’ils ne se sont pas contentés  de leur proposer les miettes d’un spectacle joué et rejoué par des pros et ont passé commande auprès de sept auteurs (dont Marie Nimier) de pièces courtes autour d’un thème inspirant : le lit. Les compagnies triées sur le volet se sont produites les 26 et 27 octobre derniers.
- Infos et programmation complète. www.theatredurondpoint.fr


27/09/2012

Le Porteur d'histoire, un OVNI théâtral

Le voyage mouvementé du Porteur d'histoire. Photo A. Guerrero
C’est une pièce dans laquelle on tombe comme dans un livre, jusqu’à en oublier tout le reste : le quotidien, ses soucis, l’haleine de son voisin...

Lorsque s’ouvre la boîte de Pandore, l’histoire ou plutôt les histoires d’Alexis Michalik  - jeune auteur et metteur en scène au talent homérique – s’enchevêtrent et tissent le fil d’un récit en forme de tapis volant. Il y est question de faits divers, de société secrète, de trésor, de quête de justice et surtout de ces vérités cachées que révèlent les romans à qui sait lire entre les lignes. Une fois embarqués, vous décollerez pour un voyage dans le temps et à travers les continents, sans jamais toucher terre. Et comme je l’ai été, vous serez touchés par l’infinie grâce des comédiens qui endossent les costumes et la personnalité d’une myriade de personnages fictionnels ou historiques : Martin Martin, Alexandre Dumas, Marie-Antoinette, le prince de Polignac et une mystérieuse Adélaïde au fabuleux destin...

Entre conte joué ou pièce narrative, Le Porteur d’histoire est un véritable OVNI théâtral qui nous fait vivre mille et une aventures, sans autres effets spéciaux que l’imagination et l’écriture débridées d’un auteur et le talent de cinq acteurs impressionnants de présence. Haletant.
- Le Porteur d’histoire d’Alexis Michalik avec Amaury de Crayencour, Evelyne El Garby Klai, Magali Genou, Eric Herson-Macarel et Régis Vallée.

- Reprise le 20 septembre jusqu'au 31 décembre au Studio des Champs-Elysées (Paris,8e). 

20/09/2012

Pourquoi faut-il voir vous n'avez encore rien vu ?


L’amour du théâtre. Comme souvent dans les films de Resnais, on retrouve une théâtralité, dictée ici par l’histoire : Antoine d’Anthac, auteur dramatique fraîchement suicidé, invite post mortem ses amis comédiens ayant interprété sa pièce Eurydice à visionner la captation d’une reprise qu’en a faite la  compagnie de La Colombe. A eux d’autoriser, ou pas, la jeune troupe à se produire. Envahis par leurs souvenirs, les acteurs se mettent à jouer ensemble pendant la projection… 
La mise en abyme du théâtre dans le cinéma, l’unité de lieu, la musicalité des dialogues et le décor où les artifices sont assumés nous plongent dans une atmosphère irréelle. Plus que jamais, Alain Resnais « invite les acteurs à s’éloigner d’un réalisme du quotidien pour se rapprocher d’un jeu décalé ». Ça fonctionne et c’est jouissif !

L’hommage aux acteurs. Lors d’une interview, Pierre Arditi me confia que Resnais extirpait de lui des choses dont il ignorait être capable. Cette capacité bienveillante du réalisateur à pousser ses comédiens dans leurs retranchements transpire dans son nouveau long métrage. Ses couples d’Orphée et d’Eurydice (Pierre Arditi et Sabine Azéma, Lambert Wilson et Anne Consigny et deux jeunes premiers extraordinaires de spontanéité : Sylvain Dieuaide et Vimala Pons) se lâchent avec un plaisir perceptible. Sur une même partition, ils offrent la démonstration de ce que l’intelligence d’un acteur apporte au rôle.

Les surprises. A côté de ses partenaires fétiches, les nouveaux invités d'Alain Resnais sont autant de trouvailles. Si Denis Podalydès ou Michel Robin semblent prédestinés à jouer dans ses films, d’autres choix étonnent. C’est le cas d’Hippolyte Girardot souvent catalogué acteur réaliste. Délicieusement pervers, il est une des pépites de ce film à double-fond qui m’a envoûtée.


Vous n’avez encore rien vu de Alain Resnais. En DVD depuis le 29 janvier 2013. L’Eurydice de la compagnie de La Colombe est filmé par Bruno Podalydès.

13/09/2012

Exposition. Bienvenue en belgitude !

540 jours durant, la Belgique n'eut pas de gouvernement. Illustration Pierre Kroll

Le trait de Pierre Kroll - dessinateur attitré du quotidien wallon Le Soir notamment - est une quintessence de ce que j’aime dans l’esprit belge. Un mélange de décontraction, de décalage qui frise le surréalisme et d’humour teinté d’autodérision, véritable antidote au narcissisme. Un Belge qui se prend au sérieux, c’est surement un Français qui a pris l’accent. Ne vous vexez pas, je plaisante. Quoique…
Jubilatoire. Programmé jusqu’au 30 septembre, « Le roi et son bouffon » - le roi c’est Albert II, le bouffon Pierre Kroll - donne à voir une série de caricatures qui sont autant de réponses à une même question : que fait le roi des Belges ? Ou si vous préférez, à quoi sert-il ? Insolent sans être vulgaire, Pierre Kroll y croque son monarque vêtu le plus souvent d’un pyjama et de charentaises – dans les châteaux, il fait un froid de canard -  ou bien d’un bermuda à fleurs et de tongs. Albert déteste le froid et passe nettement plus de temps dans sa propriété de Châteauneuf-Grasse (en Provence) qu’en Belgique.


Illustration Pierre Kroll
Libre expression. Saisi sur le vif, façon de parler, le roi est généralement assis devant sa télé. Très occupé à ne rien faire, il respecte à la lettre l’étiquette imposant qu’il s’exprime uniquement à Noël et le 21 juillet, pour la fête nationale belge. D’où l’idée de le représenter avec une coiffe à plumes de chef indien, l’expression consacrée étant qu’il sort alors de sa réserve. Derrière la légèreté affichée pointe le « rire de résistance » cher à Jean-Michel Ribes. Et Pierre Kroll d’endosser le rôle du fou, qui sous couvert d’amuser le roi, « fera passer pour plus innocente qu’elle ne l’est une moquerie acerbe, une critique pointue sans qu’elle soit censurée ». Et toc.




- «  Le roi et son bouffon » caricatures de Pierre Kroll  - jusqu'au 30 septembre au Centre de Wallonie Bruxelles  - 127-129 rue Saint Martin, Paris 4e. 



06/09/2012

Séjour d'exception. Luxe, calme et volupté à Lama


Certains lieux donnent l’envie presque charnelle de se fondre dans le décor. Fouler le sol de ses pieds nus, s’érafler les mains sur les roches, s’imprégner des odeurs… Lama, petit village corse perché sur un éperon rocheux de la région de l’Ostriconi, au nord de la Balagne, me fait cet effet. L’habitat y est un mélange harmonieux de demeures d’inspiration toscane bâties au XIXe par de riches familles italiennes et de maisons médiévales blotties les unes contre les autres le long de ruelles pavées escarpées où se succèdent les passages voûtés.

Coup de foudre. La découverte cet été de Case Latine, sublime hôtel au design contemporain, composé de suites installées dans des « cases » individuelles en pierre du pays, n’a fait qu’aggraver ma fixation. Car le lieu est inoubliable. Les matériaux de déco sont nobles mais jamais ostentatoires et les piscines à débordement surplombent un panorama tout simplement saisissant. A l’est, le massif montagneux de l’Asco, et à l’ouest, le village puis les rives de la Méditerranée (ne manquez pas la plage de l'Ostriconi, à quinze minutes du village en voiture). Tant de beauté repose l’âme.


Si toutefois le prix élevé de l’établissement vous rebute, vous pouvez aussi opter pour un des nombreux gîtes éco labellisés du village. Ils sont tous répertoriés par l’Office de tourisme.


A voir, à faire. Hormis le festival européen du cinéma et du monde rural qui se déroule chaque année sur une semaine fin juillet - le premier soir, les villageois et leurs hôtes sont invités à un apéro fort sympathique sur la place de l’église - et quelques jolies randos, dont celle qui conduit au village voisin d’Urtaca, ne vous attendez pas à une animation trépidante. Lama est avant tout un endroit idyllique pour se ressourcer, en se remplissant les yeux des magnificences de cette bonne vieille terre. Et ça, c’est gratuit !

En savoir plus sur l’hôtel. www.caselatine.com


26/07/2012

Comment les Russes font-elles pour marcher ?


Elles arpentent la ville. Chevelure longue, blonde et lissée, maquillage appuyé, tenue moulante et talons vertigineux – 12 cm, ici, c’est comme si vous portiez des ballerines – dans les grandes villes de Russie, les jeunes femmes défient les lois de l’équilibre et se fichent pas mal des entorses à la cheville ! Les pavés disjoints et le bitume défoncé perturbent les touristes ? Altières et haut perchées, elles n’en ont cure. Alors certes, on assiste parfois à de belles gamelles. Des chutes mémorables pour lesquelles on n’hésiterait pas en France à appeler le Samu. Mais la glissade la plus spectaculaire,  les quatre fers en l’air, n’altère en rien leur superbe. Sourire aux lèvres, l’œil un peu bravache, les jeunes filles se relèvent. Et chaussent leurs stilettos, illico...
Tentée par l’expérience, je suis entrée dans un André local essayer une paire d’escarpins aux talons aiguilles de 15 cm. Les quelques pas que je fis dans le magasin eurent raison de ma détermination. La perspective de sortir dans la rue ainsi chaussée me semblait tout à coup aussi dingue que de sauter à l’élastique de la Tour Eiffel.

Etonnée que les Russes s’imposent chaque jour un tel challenge, j’ai alors cherché à comprendre. Et interrogé Frédéric Godart, professeur à l’Insead et auteur de Sociologie de la mode (éditions La Découverte). Selon lui, cette hyperbolisation des attributs de la mode trahit la conception russe actuelle
de la féminité, où la notion de séduction est centrale. Et les talons ?  "Ils permettent de se grandir face aux hommes. La taille étant l’un des principaux facteurs de domination, les jeunes femmes prennent ainsi symboliquement le pouvoir" explique t-il. Une chance : les soldes ne sont pas tout à fait terminées. A moi les Louboutin ! J’en connais un qui va faire moins le malin…


19/07/2012

Style. dans ma trousse de beauté, il y a...


Des vernis écoloEn toutes circonstances, je suis adepte du naturel. Une touche de gloss sur les lèvres, un peu de mascara et c’est parti ! Cette saison, comme toutes les péronnelles, je craque aussi pour les nouveaux vernis à ongles Kure Bazaar dont la formule est écologique à 85%. Les quatre ingrédients les plus affreux, sales et méchants (le Toluene, le formaldehyde, le DBP et le camphre synthétique) y sont remplacés par de la pulpe de bois, coton, pomme de terre, maïs et blé. Quant aux couleurs, elles sont somptueuses et pile dans l’air du temps. Ma préférence va à Bohemian (roux), Kelly (fushia) et Hipster (bleu).


Un parfum bio. Autre coup de cœur, 100% bio et glamour : l’eau de parfum Vamp à NY d’Honoré des Prés. Imaginé par Olivia Giacobetti, un nez qui a notamment officié pour Lubin et l’Artisan Parfumeur, ce jus célèbre les épousailles de la tubéreuse, du rhum et de la vanille bourbon. Sur ma peau, il laisse un enivrant sillage de monoï qui évoque les îles, plus que le macadam new yorkais.
Tout aussi à propos, Nuxe vient de lancer Prodigieux, une eau de parfum d’été déclinée de son Huile Prodigieuse (en vente en pharmacie). Elle ne contient pas d’alcool et peut être portée au soleil, sans craindre les taches. J’aime sa fragrance discrète mais, faute de soleil, je n’ai pu vérifier l’info…

Des barrettes qui brillent. La parade pour donner du chic
à ma non-coiffure, c’est enfin les jolies pinces, barrettes et pics à cheveux ornés de strass de la créatrice Nadine Delepine. Avec ça, je devrais être la plus belle pour aller danser ! Enfin, j'espère.



Contacts. Vernis www.kurebazaar.com ;  Eau de parfum www.honoredespres.com ;  Atelier Nadine Delepine 14, rue Princesse, Paris 6e.  

12/07/2012

Livres. Jouer pour donner un sens à la vie



Aux antipodes des faiseurs qui se regardent le nombril, certains acteurs semblent « aspirés » par le rôle qu’ils incarnent. Les voir sur scène, c’est décoller pour un voyage dans leur imaginaire. Laurent Terzieff et Jacques Gamblin sont dans ce don de soi. Ils ont écrit des livres qui leur ressemblent. 
Seul avec tous. C’est un florilège de souvenirs, réflexions et expériences de Laurent Terzieff. Une sorte de rêverie éveillée où le comédien pioche dans son existence ce qui nourrit son feu intérieur. Ce petit livre inachevé, Laurent Terziefff disparut avant qu’il soit terminé, donne les clés de son univers. Ecouter ce mystique dire les poèmes de Rilke fut pour moi une expérience unique. Ce soir là, ai-je compris plus tard en lisant Seul avec tous, je fus l’invitée d’un grand comédien. « A la présence vivante de l’acteur répond la présence vivante du public (…) A la fin de la représentation, quelque chose d’incommunicable s’est communiqué et il en reste, comme après une soirée entre amis (…) ce silence lourd fait de toutes sortes de bruissements des choses qui se sont dites » écrit-il.*

Le toucher de la hanche. Jacques Gamblin est un artiste solaire, à l’imagination débridée. Sur scène, son corps élastique - il faut l’avoir observé fondre d’ennui dans une salle d’attente, jusqu’à prendre la forme de son fauteuil -, exprime autant que les mots. Le voir jouer Entre courir et voler y’a qu’un pas papa ou Tout est normal mon cœur scintille (pièces dont il est l'auteur), c’est comprendre ce que cet acteur en apesanteur peut avoir de profond. Le toucher de la hanche est sa deuxième fiction. Drôle et sensible, elle en dit long sur sa façon de voir la vie. Le narrateur, son double, y  joue chaque jour son amour conjugal sur un concours de valse. Jusqu’à tout faire valser. La vie, sa femme et le jury avec. Dans une magnifique explosion de gaz. «  Et en avant bonbonne ! … Cap sur Canaveral !. (…) Je décolle enfin… Je m’envole… Pour un mambo avec la voix lactée… »*.



* Extraits de Seul avec tous de Laurent Terzieff  en collaboration avec Marie-Noëlle Tranchant (Presses de la Renaissance, 2010) et Le toucher de la hanche de Jacques Gamblin (Le Dilettante, 1997).


05/07/2012

Mes bons plans voyage. From Rome with love !


San Benedetto, près du pont de l'île Tiberine
Culte. Rome regorge d’églises Renaissance ou baroques, toutes plus somptueuses les unes que les autres. Et monumentales. Sans doute est-ce par pur esprit de contradiction que je suis tombée (spécialement) sous le charme de deux minuscules lieux de culte. 
San Benedetto di Piscinula (XIe s), ravissante église romane du quartier du Trastevere et la troglodyte Santa Barbara (XIIe s), comme blottie entre deux immeubles, à un jet de pierres de la place du Campo dei Fiori. A voir.
Chef d'oeuvre baroque de Le Bernin
Art. En plus des sites majeurs, le Palais Doria Pamphilj mérite une visite pour sa cour intérieure aux airs de jardin andalou, sa galerie des glaces et sa collection d’œuvres, dont une Marie-Madeleine du Caravage troublante de sensualité. Allez aussi caresser (des yeux) « Apollon et Daphné », chef d’œuvre du Bernin exposé à la galerie Borghèse. Une telle grâce aérienne sculptée dans le marbre, cela tient du prodige !

Relax. Pour une pause détente, rendez-vous au jardin botanique, au pied de la colline du Janicule. Le lieu n’est pas très entretenu, mais romantique et apaisant. Et ne ratez pas les massages divins (normal, c’est via del gesu) du Nora Thai massage center. Après une journée de marche, c'est un délassement exquis, à l’excellent  rapport qualité-prix : 50 € l’heure.

Shopping. Vous dénicherez une gravure, des cartes postales ou un cadre ancien dans les kiosques à antiquités du mercato delle Stampe, entre le quartier du Panthéon et la place d’Espagne. Puis faites un saut chez Mirabilia, la boutique de Rosalba di Giovanni. La créatrice y cisèle de délicats bijoux en or. Je vous recommande aussi le marché du Campo dei Fiori pour acheter des pâtes, tomates séchées et autres denrées italiennes.

Sortie. Pas de coup de cœur côté restau. En revanche, j’ai eu la chance d’assister à un concert électrique de Rachid Taha et Mick Jones, ex guitariste des Clash, dans le parc de la villa Médicis. Rock et vue sur Rome by night, c'est le bonheur. Renseignez-vous sur la programmation du lieu.
Adresses (celles qu’on ne trouve pas facilement) : San Benedetto di Piscinula, Piazza in Piscinula, 40. Santa Barbara dei librari Largo dei Librai, 186. Boutique Mirabilia, Via della Serofa, 113. Nora Thai massage centerVia del Gesu, 56.


28/06/2012

Expo photos. la petite musique néerlandaise.

"Paris",  Photo de Kees Scherer 

Gare du nord. Ce lieu d’arrivée à Paris des Hollandais est aussi le nom d’une expo qui présente jusqu'à fin juillet les œuvres d’une cinquantaine de photographes du plat pays, dans le cadre intimiste du centre culturel des Pays-Bas.
Certes, on est loin du ramdam (un peu exagéré, à mon sens) engendré par Helmut Newton au Grand Palais. Mais justement. Cela contribue au charme de cette exposition, pas tapageuse pour un sou.



Photo de Maria Austria, institut Maria Austria, Amsterdam
Paris, je t’aime. Les clichés, réalisés entre 1910 – époque à l’esthétique encore picturale, comme en témoigne la photo d’une femme entrevue sous les arcades de la Madeleine – et les années soixante, sont diversifiés. Académiques, décalés, émouvants ou un poil « clichés » (!), ils donnent envie d’en scruter les détails. Ceux-ci font parfois sourire : lors du Front populaire, les insurgés manifestent le poing levé, mais en costume trois pièces. On peut en avoir assez des privilèges, sans renoncer à leurs artifices ! Puis, des œuvres où Paris semble le décor d’une série noire jouxtent le Paname de Saint-Germain-des-Prés, de belles photos de mode et des mises en scène absurdo-comiques, dignes d’Alfred Hitchcock quand il rigole…
L’expo se termine par deux courts-métrages, dont Les Halles de Paris (16 mn), tourné en 1939. Effervescence, gouaille des bouchers balèzes ou drôlerie des marchandes de primeurs au chapeau bricolé de feuilles mortes, y côtoient la  misère des petites gens qui se lèvent tôt pour travailler dur. Entre Paris glamour, bourgeois, bohème ou popu, les photographes néerlandais nous offrent une mise en perspective bien sympathique de notre chère capitale. Gare du Nord. Jusqu’au 29 juillet à l’Institut Néerlandais. 121, rue de Lille 75007 Paris