08/03/2012

Beau livre. S'il-te-plaît, dessine-moi un costume de scène


« Au théâtre, l’habit fait le moine », disait Jean-Louis Barrault. Certains costumes donnent, il est vrai, une enveloppe précieuse à l’âme du rôle. Je me souviens avoir vu Le roi se meurt, interprété par Michel Bouquet à la comédie des Champs-Elysées, en 2010. Le jeu des acteurs, tous talentueux, y était comme magnifié par les costumes de Pascale Bordet, auteur des Cahiers secrets d’une costumière de théâtre, sorti en janvier 2012.
Acteurs, je vous aime. Pascale Bordet chérit les comédiens. Elle qui vient d’une famille de taiseux, où règnent les non-dits, apprécie la liberté avec laquelle : « ces drôles d’animaux faits d’ombres et de lumière expriment leurs émotions ». 
Etre costumière de théâtre, c’est sa façon d’accompagner l’expression du sentiment « Le comédien se sert du texte. Moi, j’essaie que son costume en dise tout autant » explique t-elle. Son art de signifier se passe de verbe.

Vu des coulisses. En plus d’être un régal pour les yeux - ses esquisses et aquarelles sont de pures merveilles  - son ouvrage nous dévoile ses secrets de fabrication, souvent prosaïques (avant tout, le costume doit être solide) et parfois poétiques.
Il est aussi truffé d’anecdotes tendres ou rigolotes sur l’envers du décor au théâtre. On y découvre ce qui se passe derrière le rideau et que le public ne voit jamais. Les artifices, les tics, le trac, les essayages, les loges, les manies et les petits caprices des acteurs, les porte-bonheur qu’elle glisse au fond de leur poche le soir de la  première…
Avec générosité et humour, page après page, cette bonne fée "au dé à coudre" met en scène son quotidien. Et nous révèle les multiples aspects de son métier d'artisan faiseur de rêves. Merci Pascale !
Cahiers secrets d'une costumière de théâtre de Pascale Bordet. Photos de Laurencine Lot. HC éditions. 45 euros. 

01/03/2012

A la rencontre d'Hélène Loussier, peintre de l'intime


La course. Technique mixte sur toile. Galerie Mondapart.

Chapeau 5. Aquarelle sur papier marouflé. 
Pourquoi, soudain, un tableau nous touche t-il ? Je me pose souvent la question. Sans attendre de réponse. Car justement, c’est une fulgurance inexplicable, un accident de la couleur, l’attitude d’un corps, un déséquilibre, une ligne de fuite qui attrapent l’âme et nous immobilisent devant la toile.
Celles d’Hélène Loussier sont baignées d’ombres et de lumière. Elles racontent des histoires. Des histoires d’enfance, de vie, des histoires de l’intime, dit-elle : « Mon processus de création est très méditatif, quasi hypnotique. Je pose une tache d’encre ou de couleur sur la toile et je l’observe. Longtemps. Je lui laisse le temps de trouver sa place, d’évoluer. Elle m’échappe totalement. Puis je tente d’extraire ce qu’elle m’évoque. Vient un moment où je bifurque vers la signification avec un personnage, une image... Mais je ne cherche ni à analyser, ni à démontrer. Juste à suggérer ».  A celles et ceux qui se laissent embarquer de poser leurs mots sur ses oeuvres. 
Hélène Loussier. Photo : Claude Iverné
Bio express. Née en 1960 dans une famille d’artistes, Hélène « traverse » (selon ses propres termes) Hypokhâgne, l’Ecole Penninghen, les Beaux-Arts de Paris. Puis elle s’installe à New-York et Londres. De retour dans l’Hexagone, elle enseigne les techniques du dessin et participe à des expositions en France, en Corée, aux États-Unis… Certaines de ses illustrations sont en couvertures des romans d'Actes Sud. Elle a également édité un journal aléatoire intitulé La vie d’Artiste.
L'actu d'Hélène :  www.loussier.net