13/12/2012

Esther Assouline, portrait d'une artiste instinctive

Bijoux Esther (de gauche à droite). Bagues et alliances, pendentif Coeur antique, bague Neguev. Photos :  Alleaume Adrien.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » s’interrogeait Lamartine. Cher Alphonse, je suis tentée de vous répondre que les bijoux d’Esther Assouline en ont une, tant ils s’attachent à la mienne.

Esther Assouline par C. de Brosses
Il était une fois une esthète, Esther Assouline, qui peignait aux pastels et fabriquait des bijoux mêlant les fils d’or et d’argent.
Un beau jour, le hasard d’une rencontre avec Wiga Mikulski, ciseleuse de talent dont elle fréquente depuis lors l’atelier, la révéla à son art.
A quarante ans, Esther se consacra à la joaillerie. Son style jaillit de sa mémoire, de son histoire, spontanément, sans qu’elle ait besoin de le chercher. Esther, sa marque éponyme lancée en 2007, est infiniment singulière. Confidentielle encore, elle est distribuée à la galerie Elsa Vanier (7, rue du Pré aux Clercs Paris 7e), sur le site l’Atelier des Bijoux Créateurs et enchante les clientes du très select abc carpet&home de New York.


Des bijoux chargés de sens. Esther crée des bijoux en or ou platine, sertis (ou pas) de pierres précieuses, des diamants de couleur le plus souvent. Des pièces uniques ou des séries limitées, exclusivement. Femme sensible, elle laisse s’exprimer son instinct lorsqu’elle imagine ces petites merveilles d’une finesse extrême, dont elle cisèle jusqu’aux finitions dans son atelier parisien. Ses bagues, colliers, bracelets et boucles qu’on dirait antiques -  « comme sortis des fouilles » dit-elle joliment -, sont en réalité très actuels : Deborah, sa fille de vingt-deux ans, est aussi sa muse. On les dirait ethniques, ils ne le sont pas. Mais Esther s’inspire parfois de l’Inde qu’elle adore : « La plupart de mes créations sont réversibles. J’aime que la face cachée des choses soit aussi belle que ce que l’on en voit. Une philosophie typiquement indienne » souligne t-elle.  Ses objets, aussi inanimés soient-ils, ont décidément de l’esprit !
- En savoir plus : www.esther-fr



06/12/2012

Cinéma. Tess ou le destin d’une femme sacrifiée

Natassja Kinski. Photo Bernard Prim, collection fondation Jérôme Seydoux Pathé. 
Ce chef d’œuvre inspiré de Roman Polanski qui porta à l’écran en 1979 Tess d’Uberville, roman de Thomas Hardy, ressort en version restaurée dans les salles obscures et en DVD. Un magnifique cadeau de fin d’année ! Me replonger dans ce qui fut une des expériences cinématographiques les plus mémorables de mon adolescence – avec le Molière de Mnouchkine  -, c’est comme ouvrir une boîte de Pandore dont s’échappent les émotions : émerveillement devant les paysages impressionnistes du Dorset anglais au 19ème siècle, recréés avec un souci du détail étonnant en Bretagne et Normandie pour les besoins du tournage, trouble des premières passions amoureuses, prémonition de la noirceur des hommes… Trente ans plus tard, le charme continue d’opérer.

Fatalité. Tess, c’est l’histoire d’une fleur née sur le purin d’une famille déchue. Une fleur condamnée à souffrir, que sa beauté radieuse désigne comme une victime expiatoire, à immoler sur l’autel du désir des hommes. A peine sortie de l’enfance, la jeune fille pressent sa malédiction et se tient à l’écart des jeux et des danses insouciantes des paysannes de son âge. Magnifié par le jeu de la lumineuse Natassja Kinski (18 ans à l’époque), dont le visage frémissant reflète la révolte intérieure, la pugnacité, la fierté et le désespoir, le film révèle l’essence du style polanskien et les obsessions du réalisateur. Un mélange de fascination pour les « natures » féminines, ces Eve dont la pureté pourrait sauver le monde, et d’attraction pour le côté sombre des êtres et des choses qui finit inéluctablement par l’emporter. Une fresque romanesque et désespérée, à voir ou revoir sans hésiter.

La version restaurée en 2012 de Tess est disponible en VOD, DVD et Blu-Ray (édition limitée). Infos : www.allocine.fr